JE Sunde

Avec ses lunettes de geek, sa chevelure ondulée et sa grande carcasse dégingandée, Jon Edward Sunde (JE Sunde pour nom de scène) aurait sans doute pu faire l’acteur dans des comédies romantiques américaines. Mais il a choisi la musique. Sa mère joue du piano à l’église. Son oncle lui fabrique ses guitares sur mesure. Il vit alors avec son frère, Jason, et son meilleur pote, Jesse, dans un Bible Camp, à Amery, fin fond du Wisconsin. La ville la plus proche s’appelle Eau Claire. Elle vient de voir éclore un local hero, Bon Iver. Dans ses pas enneigés, un groupe taille un folk majestueux mélangeant lo-fi, harmonies dignes d’Elliott Smith, et mouvements mélodiques qui ne sont pas sans rappeler Bill Callahan. Son nom ? The Daredevil Christopher Wright. Jon au chant et aux guitares, Jason à la basse et Jesse à la batterie. Après deux albums grandioses, et une tournée qui les fera traverser les USA et le Canada, The DCW doit faire face à un choix cornélien : tout consacrer à la musique, ou travailler pour vivre ? Jason et Jesse se font une raison. Bon Iver a depuis longtemps déserté Eau Claire et ses environs, laissant la scène musicale locale dans l’anonymat le plus total, sans véritables structures pour porter les projets de Jon. Ce dernier décide alors de déménager à Minneapolis, la mégapole la plus proche, pour y continuer la musique et survivre économiquement en devenant… homme de ménage. Entre deux concerts –il écluse tout ce que le pays compte de petites salles indie–, Jon récure des sols et fait les vitres, en écoutant des podcasts sur des serial killers dans son casque. Il aurait pu être Will Oldham, mais il est trop timide pour cela. Il aurait pu être Sufjan Stevens, mais il n’est sans doute pas assez sûr de son talent pour l’envoyer ainsi à la face du monde. JE Sunde compose des disques foisonnants tenant tout autant du folk que d’une soul blanche, influencés par Nina Simone et Leonard Cohen. Il a longtemps vécu entouré de lacs, de forêts, de neige ; lors de nos premières rencontres, il lisait la Bible au petit déjeuner. A t-il seulement conscience d’avoir de l’or dans la voix, et les mélodies de Paul Simon dans les doigts ?

JE SUNDE -JE SUNDE

07/06/2019